Artistes

De Soos Marine

D’où nous vient cette impression que les silhouettes sculptées par Marine de Soos sont suspendues ? Et qu’avec elles c’est le cours du temps qui suspend son inexorable trajectoire ?  Sans le vouloir, les personnages de Marine nous intiment l’ordre de nous arrêter. Etrangement on ne peut qu’obéir. Ils le font avec une telle douceur dans leurs gestes qui pourtant ne nous sont pas adressés… Ils sont tout entiers à ce qu’ils font, même lorsqu’ils ne font rien. Notre regard, en croisant leurs routes, se pose et nous pose. Et tout cela semble aller de soi. Les regarder c’est un peu entrer en méditation.
Les collectionneurs de l’ artiste, le sentent, confusément.

Marine de Soos impose à ses sculptures de faire pour nous ce que la nature fit toujours pour elle. Donner sens et douceur lorsque l’absurde et le brutal prennent la part belle.  Ses sculptures nous restaurent dans ce que nous avons de plus archaïque. C’est pour cela que, malgré les apparences, malgré leurs traits asiatiques ou africains, ses figures ne viennent pas d’ailleurs, pas d’un autre pays, non, mais du pays le plus intime, le nôtre, celui qui nous constitue, celui qui échappe à la cartographie. « On est de son enfance comme on est d’un pays », nous disait Saint Exupéry.

Quelque soit la focale, c’est bien le sens de l’observation et la capacité d’émerveillement qui n’ont plus quitté Marine.
Alors qu’elle les a figés comme par l’instantané d’un coup de baguette magique, ses personnages sont tout sauf immobiles. On croit les voir en mouvement, notre esprit d’instinct recompose et l’avant et l’après de ce qui se donne à voir.

Marine adore que « ça dépasse ».
Parcourons avec cet œil-là le musée imaginaire des sculptures de Marine. Presque toutes relèvent de ce phénomène. De là, sans doute leur équilibre et leur énergie.
Le bâton du Jeune Berger, la ficelle des joueurs de cerf volant, les montants du palanquin, les pilotis des cabanes, le manche affuté de l’ombrelle, les échasses des pêcheurs, les pagaies des bateliers, la tige du Pousseur de Lune … partout ou presque, un trait, parfois davantage, transperce la figure.
Ses lignes de fuite sont des axes qui filent pour nous dire que le réel est toujours hors cadre, que l’essentiel reste invisible, et que le dessin est souvent au-delà de la feuille sur laquelle on cherche à emprisonner nos coups de crayon.
Ces axes, qui partent du cœur même de sa sculpture et qui en sont les tuteurs internes et secrets, semblent dépasser la forme fermée, comme pour l’ouvrir. Ils nous disent, ainsi que le feraient des flèches tracées vers l’extérieur, que la sculpture est une forme en expansion, une sorte d’univers miniature. Le mouvement, encore le mouvement.

Hélène Jousse

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